la gestalt-thérapie

D'où vient la gestalt ?

La gestalt-thérapie est conçue dans les années 1950 par Fritz Perls, psychiatre et psychanalyste, avec Laura Perls et Paul Goodman, sur la base de la recherche en psychologie expérimentale : la psychologie de la forme ou Gestaltpsychologie (Wertheimer, Koffka), à laquelle elle doit son nom, et la théorie du champ (Lewin).

Elle puise par ailleurs, dans plusieurs courants philosophiques, les principes mêmes de sa clinique : de la phénoménologie (Husserl, Merleau-Ponty), elle hérite l'ouverture au vécu tel qu'il se donne ; de l'existentialisme (Sartre), la prise en compte des données de l'existence — liberté, finitude, solitude, quête de sens ; du pragmatisme (Dewey), l'idée que l'expérience vécue est la voie de la connaissance et du changement ; du holisme (Smuts, Goldstein), la personne comme un tout, indissociable de son environnement.

Dans le contexte institutionnel francophone, la gestalt-thérapie apparaît comme une approche « alternative », alors que sur le plan historique, scientifique, théorique et clinique, elle est une orientation psychothérapeutique à part entière (comme les thérapies systémiques, centrées sur la personne, cognitivo-comportementales ou psychodynamiques).

Comment se passe la thérapie ?

Ce qui est spécifique à la gestalt-thérapie, c'est son attention à la manière dont nous sommes en relation, ici et maintenant, dans la rencontre même avec le thérapeute. En évoquant ce qui nous préoccupe, nous ne livrons pas seulement une histoire, nous rejouons, dans l'instant, notre façon d'entrer en contact : ce que nous osons, ce que nous retenons, ce que nous évitons ou ce que nous coupons. Cette façon de faire, avec ses élans et ses résistances, se révèle dans ce qui se crée entre la personne et le thérapeute. Le geste central de la gestalt est de saisir ce qui émerge, de le rendre sensible et conscient pour remettre de la fluidité là où quelque chose s'était figé.

C'est là, dans l'expérience vécue de la relation, ici et maintenant, que se joue la transformation. La relation thérapeutique devient un espace d'exploration du vécu et du ressenti, où il devient possible d'éprouver de nouvelles façons de faire et d'être avec l'autre.

Le processus thérapeutique s'appuie sur un corpus théorique dense et une méthode rigoureuse, mais il ne se réduit pas à une technique : il se déploie dans la rencontre entre deux personnes, dans une ouverture à ce qui émerge — une émotion, un souffle, un geste, une pensée, une image, un silence.


« Dans l’accompagnement thérapeutique gestaltiste, l’outil ne doit pas se considérer à partir de la théorie ou de la technique, mais plus à partir de notre humanité ouverte et vibrante à la singularité de cette autre humanité qui nous sollicite. »


« Ce qui se passe en gestalt-thérapie est une interaction vivante entre la personne qui consulte et le/la thérapeute. L’instrument principal du gestalt-thérapeute est lui-même : sa présence, sa perception, et la conscience de sa propre influence dans une dynamique de rétroaction systémique consciente. Ainsi, le travail en gestalt-thérapie est aussi un travail sur la relation entre la personne et le/la thérapeute, relation dont les visées sont l’émancipation et l’autodétermination. »
— Institut für Integrative Gestalttherapie Würzburg (IGW-Schweiz) [consulté et traduit le 12.10.2025]


Sur quoi travaille-t-on ?

Dans nos vies, certaines situations semblent se répéter : des impasses, des tensions, des émotions familières qui reviennent malgré nous. Ces répétitions trouvent souvent leur origine dans des expériences où quelque chose en nous a été interrompu ou brisé, lorsqu'un événement a provoqué une effraction dans notre monde intérieur, dépassant nos capacités à l'assimiler. Ce qui n'a pas pu se vivre jusqu'au bout cherche à s'accomplir autrement, en se rejouant encore et encore dans notre vie actuelle. Il s'agit alors d'accompagner cet inachevé pour qu'il puisse trouver forme (gestalten), expression et sens.

La relation thérapeutique éclaire nos manières de faire et invite à un nouvel ajustement dans la façon de répondre aux situations et aux relations. Ce processus se développe d'abord dans le cadre thérapeutique, transforme peu à peu la manière d'être au monde, puis s'intègre dans les autres domaines de l'existence. Les séances offrent un lieu d'exploration, d'amorce et d'intégration, pour ressentir, expérimenter et remettre du mouvement là où la vie s'était figée.



« Ce qui n’a pu se mettre en larmes et en mots s’exprime ensuite par des maux, faute de mots pour le dire. »
Anne Ancelin-Schützenberger


Vers quoi ce travail conduit ?

La gestalt-thérapie s'adresse à celles et ceux qui souffrent ou traversent une période difficile et souhaitent retrouver une capacité d'action sur leur vie, renouer avec leur responsabilité, leur liberté et leur créativité. Elle fait confiance aux ressources de la personne et à sa capacité à trouver ses propres réponses. Elle n'a pas pour seul but de soulager la souffrance, mais aussi de favoriser le déploiement de la personne, en lui permettant de retrouver de la fluidité dans sa vie.

Au-delà de l'individu, la psychothérapie s'inscrit dans une perspective plus vaste : certaines souffrances dépassent l'histoire individuelle et s'enracinent dans l'histoire familiale et collective. Elles se transmettent, parfois silencieusement, de génération en génération. Le travail thérapeutique permet d'en prendre conscience et de rencontrer ce qui était jusqu'alors inaccessible, non seulement à la conscience mais aussi à l'expérience sensible, pour en rendre la transformation possible. L'informulé prend forme (gestalten) et peut ainsi devenir souvenir accessible, puis histoire.



« La souffrance se transmet entre les générations : ce qui est porté passe d'une génération à l'autre, jusqu'à ce que, mis en lumière, il soit transformé. Ce qui n'est pas transformé est transmis. Le travail de la psychothérapie trouve ici un horizon de sens plus large que l'allègement de la souffrance de l'individu : dans cette lumière, ceci devient un travail de réparation du tissu existentiel du monde, qui transcende le patient et le thérapeute, qui transforme un matériel donné au-delà du cadre temporel de leurs vies et qui projette ses effets de manière imprévisible, même sur les générations futures. »
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